8ième semaine en mots
Créé par boisvenu le 21 juil 2009 | Dans :
DIMANCHE, le 24 février et des grenailles…
Je me suis levé un peu engourdi mentalement par le vin rouge que j’ai pris hier soir au souper avec les amis. Je me sens lent et privé d’une grande partie des réflexes physiques et intellectuels qui m’habitent toujours dès mon réveil. Ça ressemble pas mal à la gueule de bois. La quantité d’ail qu’il y avait dans mes escargots hier soir au souper, se reflète dans mon haleine ce matin et sans doute dans ma transpiration cutanée. Je n’oserais aborder personne avec un « bonjour » spontané ce matin. Je retiens mon souffle quoi. Le café et vite. Ça n’améliore pas les choses, Diane m’en fait la remarque en passant près de moi. Bon l’alcool et l’ail ne font jamais bon mélange et ce n’est pas la recette pour socialiser. Je suis donc sur mes gardes à l’approche d’un intrus, fut-il du souper hier soir ou même un amant de l’escargot au beurre à l’ail. Je dirais plutôt à l’ail au beurre. Mais quel dimanche… ésotérique et bizarre à la fois . Devrais-je tout vous rencontrer ? En commençant ce texte, tard ce dimanche soir, j’avais déjà pris la décision de me laisser aller à la confidence. Nous en sommes à nos derniers jours ici et il me semble bien, dans mon for intérieur, que c’était un passage obligatoire ce Costa Rica dans mon cheminement à la fois spirituel et professionnel. Comme si je sentais qu’une autre étape ma vie m’attendait bientôt. Si la transparence est la mère de la vérité, la confidence est bien sa petite-fille. Je garderai un souvenir intarissable du Diquis. D’avoir achevé ici l’écriture des quatre derniers chapitres de mon livre, lequel paraîtra le 14 avril au Québec est déjà quelque chose. Comme je le disais à Renée et Pierre, je leur dédicacerai un livre pour leur remettre personnellement après sa publication. Ils font maintenant un peu parti de cette grande aventure qui s’est achevée ici, sous leurs yeux. De donner ici une conférence, a été aussi une expérience très riche qui m’a fait découvrir que ma vie changeait et s’en allait tranquillement ailleurs.
On n’écrit pas en hiver comme on écrirait en été. C’est sans doute une question de luminosité qui a une influence sur notre humeur, sur notre énergie et notre imagination. Aussi, d’être loin du Québec, loin de l’action et des interventions publiques circonstancielles nous a permis à Diane et moi de prendre un peu de distance par rapport à l’achèvement du livre. Il y a toujours un danger par contre de s’éloigner de son œuvre ou de sa création, ont l’impression qu’elle est toujours inachevée. Je me souviens quand j’ai donné mon accord à l’éditeur sur la version finale qui sera finalement publiée, j’ai dit à Jean : « Il me semble que si je devais écrire ce livre aujourd’hui, je dirais telle ou telle chose autrement, etc. ». Un livre, c’est statique, mais notre vie, nos valeurs, nos croyances changent tous les jours. Jean m’avait répondu quelque chose comme : « C’est normal ta réaction, car tous les auteurs ont ce sentiment de l’inachevé lorsque leur livre est prêt à être publié. « Ce livre ne t’appartient plus, il appartient à ceux et celles qui l’achèteront et ils vont le lire avec leurs yeux et leur réalité. » Il a sans doute raison. Jean, c’est un gars avec un rationnel implacable. L’écriture de ce livre aura donc occupé beaucoup de mois dans mon esprit … deux ans dans le fond. C’est à la même époque en 2006 que les Éditions de l’Homme, sans doute à la suite à mon passage à Tout le monde en parle, m’avaient approché avec ce projet. Mon impatience du départ à voir aboutir rapidement ce projet a fait place peu à peu, au fil des mois, à une volonté de présenter au public québécois un ouvrage qui dépasserait les frontières de mes drames personnels. Maintenant qu’il est écrit, je constate que j’aurais voulu me livrer davantage sur le plan spirituel, sur la relation que j’entretiens maintenant avec mes filles, avec ma foi, avec la vie et avec Dieu. À ce chapitre, mon livre est incomplet. Peut-être y en aura-t-il un deuxième.
Ce matin, mes filles, du moins l’une d’elle, et je soupçonne fortement que ce fut Isabelle, est venue me dire que tout ira bien aujourd’hui avec ma conférence. J’ai toujours une pensée pour elles quand je fais une présentation publique. Si le groupe m’apparaît peu réceptif comme des jeunes de secondaire 3 ou 4 dans un auditorium de polyvalente, je leur dis alors : « Vous m’avez amené ici, alors sortez moi d’ici heureux d’avoir rencontré ces jeunes » et ça marche tout le temps. Mais ce matin, je me lève dans l’état physique que je viens de vous décrire, je prends mon café dehors tranquillement avec Diane. Nous savourons nos fruits sous un beau soleil du Pacifique Sud. Il fait beau et chaud. Puis arrive sur le bord de notre terrasse un tyran kikivi, vous savez ce bel oiseau jaune et gris que vous avez sans doute vu en photo sur mon blogue. Voilà qu’il grimpe sur le barreau de la chaise berçante, juste à côté de Diane, à quelques centimètres d’elle. On ne bronche pas. Curieusement, l’oiseau semble ne pas craindre notre présence. Puis, il s’envole dans ma direction et me frôle de près. Il bifurque aussi tôt dans la direction d’où il était venu. J’ai figé et j’ai dis à Diane : « As-tu vu ? ». La première pensée qui m’est venue : qui de me filles voulait me parler avec ce langage d’oiseau ? Vous me direz, il est rempli d’imagination ce Pierre. Vous comprendrez que Diane s’est un peu moquée de moi quand je lui ai confié mon impression. La oiseaulogue a trouvé une explication plus terre-à-terre, mais toute la journée, mes pensées ont été occupées par cette expérience. Bon je sens que c’est à votre tour, vous qui me lisez, d’être sceptique. Ah, les signes dans la vie, on en reçoit sous toutes les formes et combien de fois nous n’avons pas l’intelligence de les déceler, de les interpréter et de les intégrer dans notre quotidien. Dans le fond, je voulais sans doute qu’une de mes filles me rassure ce matin avant que je donne cette conférence.
Ce soir fut une belle soirée. Renée avait invité pour cuisiner chez elle un très grand chef cuisinier de réputation internationale qui vit maintenant au Costa Rica, tout près d’ici. James est un vrai chef qui a connu la gloire en France comme aux USA. Le repas était gastronomique. Ma présentation a duré un peu moins d’une heure et j’ai eu comme une heure de questions par la suite. Pour une première fois, on a posé une question à Diane à savoir comment elle vivait en couple cet engagement public de ma part. Elle a été superbe dans ses réponses et ses réflexions. Elle devrait plus souvent m’accompagner dans mes conférences, je crois. On ferait toute une équipe. Le père engagé dans l’action et la mère, plus réfléchie, posée et complémentaire dans notre combat pour changer les choses. Une belle soirée, avec des gens de plusieurs pays, ce n’est pas évident de parler de justice, mais surtout faire une conférence à des gens en vacance qui plus souvent qu’autrement, ne veulent pas entendre de tels propos. Un couple de français a quitté la salle avant la fin. J’apprendrai plus tard que leur fils s’est suicidé il y a trois ans et qu’ils commencent à peine à faire leur deuil. Ça s’est donc très bien passé. Merci les filles.
Donc, la vie nous a amenés ici afin de reprendre notre souffle, pour terminer l’écriture de notre livre, pour compléter un cycle. Déjà cinq ans dans ce combat pour faire reconnaître des droits aux familles de victimes, cinq ans à donner un sens au meurtre de Julie, cinq ans à rencontrer des familles éprouvées pour leur dire que la vie continue, que des rêves se rebâtissent et que le pouvoir de revivre est en dedans de nous seulement. Cinq ans de présence constante dans les médias, laquelle présence nous condamne, qu’on le veuille ou pas, à ne plus nous appartenir tout à fait, mais à appartenir à une cause, à devenir cette cause. L’anonymat, si protecteur de votre vie privée, n’existe plus. Cinq ans c’est peu, mais c’est beaucoup aussi. Et quand je regarde ma vie professionnelle, je constate que ça toujours été des cycles de cinq ans. C’est Nicole Côté, ma psy-gourou qui m’avait permis de découvrir cela vers 1980. J’approche donc de la fin d’un cycle et je sens qu’un nouveau commencera bientôt. Je sais qu’il sera encore plus palpitant, plus riche, parce que quelque part tout mon passé m’y a préparé comme il m’a préparé à vivre la mort de mes filles en combattant et non en victime. Bref, une très belle journée. Voilà pour mes confidences en cette magnifique journée qui s’achève au Diquis, Costa Rica. Bonne nuit, chers amis.
LUNDI, le 25 février
Assis sur la terrasse, la chienne Ouma à mes côtés, déçue que la marche ne soit pas aussi tôt que d’habitude ce matin. Diane qui fait de la lecture dans une chaise suspendue au plafond de la terrasse, je n’ai qu’une pensée qui m’habite : la fin de notre séjour approche. Le vent chaud tourbillonne tout autour de nous, sans être brusque et ni dérangeant. On sent comme un grand voile de soie que la nature vous promène au-dessus de la tête et qu’à l’occasion, il vient vous caresser une joue ou le visage au complet. C’est très agréable. Je voudrais que le temps s’arrête maintenant afin que je puisse contempler ce ciel sans nuage, cette nature si riche et le privilège que nous avons d’être ici un 25 février 2008.
La journée a filé lentement. Je n’ai fait aucun effort pour précipiter le temps, pour le voir filer trop rapidement. Il est maintenant 17h00. Il pleut et on entend les perroquets au loin qui jacassent. La pluie les a aussi surpris que nous. Ils se précipitent plus tôt que d’habitude dans leur dortoir nocturne. C’est fréquent depuis une semaine, ces pluies tard en après-midi. Les journées commencent en lion avec un gros soleil, du temps superbe, même très chaud et vers 15h00 les nuages arrivent et la pluie suit. Ça rafraîchit un peu, mais c’est tout même mieux que 5 cm de neige :-) Le ciel devient tout noir. Ça sent l’orage.
Ah ! J’ai reçu une belle invitation du propriétaire de l’école de plongée, qui était d’ailleurs à la conférence hier soirée. Il m’offre une journée de plongée découverte avec lui samedi prochain sur le bras de son club. C’est très gentil de sa part. La terrasse est l’endroit idéal pour écrire. Tout est vert autour et c’est un calmant naturel, très zen comme la plongée sous-marine. Même la pluie de 16h00 ajoute aux charmes de ces paysages tropicaux. De temps à autre, je prends mon appareil photo, un bel oiseau traverse le jardin de fleurs pour se poser sur l’une d’elles.
Quelques lettres ici et là que j’écris en guise d’invitation pour notre show du 12 avril. Nous voulons que ce soit un show très positif. C’est donc l’occasion pour souligner le travail du gouvernement au cours de la dernière année. Ce serait bien que M. Charest y soit. Il s’est beaucoup investi dans nos dossiers, je le sais. Je reprends très lentement le collier de l’association, question d’être dans l’action rapidement en revenant au Canada. Les demandes de conférences affluent, même ici. Je ne fais que penser à la sortie de mon livre et ses conséquences sur ces demandes de conférences. À date, je n’ai refusé aucune présence publique… ça va sans doute changer. Bon un peu d’Internet, le temps de tout envoyer ces projets de lettres que j’écris et que Diane corrige depuis une semaine. Bonne soirée.
MARDI, le 26 février
La soirée est très agréable. C’est frais ( 25oC ) et une légère brise qui nous vient de la mer. Vous voyez, je n’ai pas commencé par mon sempiternel déjeuner aux fruits. Le ciel est magnifique ce soir. Hier soir, nous avons eu une soirée avec des averses torrentielles, typiquement tropicales. Un rideau d’eau tombait devant notre villa. Je ne vous mens pas. Ce soir donc, une nuit comme on en rêve, même au Québec au mois de juillet. Si je pouvais vous faire une photo de ce ciel ce soir, vous verriez des milliers d’étoiles comme à notre camp de pêche en Abitibi. Vraiment, une belle soirée. Aujourd’hui, ce fut une journée chaude, mais très confortable avec une brise qui a rendu le temps parfait. Évidemment, Ouma a fait la marche matinale avec nous et Dieu qu’elle est heureuse de nous accompagner. Bernard est d’avis que cette chienne sera en légère dépression après notre départ. Elle fait partie de nos marches quotidiennes comme les oiseaux que nous observons. La journée s’est ainsi écoulée entre la piscine, la marche en forêt et un peu de travail sur l’ordinateur. Nous sommes donc en mode détente. Ça doit commencer à paraître dans mes textes. La fin d’un séjour dans un pays aussi agréable cause toujours une forme d’abattement. Si on pouvait y rester deux semaines de plus, nous le ferions sans hésiter. Hélas ! Tel n’est pas le cas cette année du moins. Par contre, Diane et moi sommes déjà fixés, l’an prochain c’est dix semaines sans hiver. Chaque matin, depuis une semaine, je vais consulter les nouvelles du Québec sur la Tribune de Sherbrooke et la météo évidemment. J’espère toujours qu’on y annonce un printemps hâtif. Hélas, ce n’est pas le cas. 20 cm de neige encore aujourd’hui pour l’Estrie. Ça me déprime pour vous, chers amis de l’Estrie. Je sais que les familles Drouin et Bissonnette sont aux anges avec le ski. Mais vous allez être d’accord avec moi, passer en une semaine de la planche à surf à la pelle à neige ce n’est pas humain. Donc, nos journées se passent sous le signe de la paresse ou disons de la relaxation. On se prépare au pire quoi ! Nous voulons vraiment arrêter le temps au Costa Rica, sachant que celui-ci sera sans pitié pour nous à notre retour au Québec. Mais cette paresse est active parce qu’Internet nous permet d’être en contact avec le Québec et les projets qui s’en viennent. Ainsi, nous nous sentons moins coupables d’être au soleil alors que vous croupissez sous la neige. Demain, nous avons planifié une longue journée. De la route et des oiseaux. Je vous en reparle. Je suis déjà épuisé d’écrire. À demain.